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DANS LE GRENIER DE LA VIE

 

DANS LE GRENIER DE LA VIE

 

Dans le grenier de la vie

Il ne reste pas grand-chose.

 

Le souvenir survient  frêle et gracile,

tout est si fragile que l'on reste sur sa faim

 

Des odeurs, pas même un parfum,

quelques écrits en vers ou en prose :

vraiment pas de quoi faire un destin.

 

Pourtant sur le fil tendu de la vie

Je m'étais chantonné quelques règles :

être moineau plutôt qu'aigle,

bien faire à défaut de faire le bien,

éviter la pierre des regrets,

 se tenir loin de l'amertume,

caresser longtemps les mots,

aller plus loin que la parole,

voir la rose plutôt que les épines,

savoir prendre quand on vous donne.

 

J'ai écouté des voix qui chantaient

Je me suis alarmé quand il fallait,

ai tâtonné dans d'impalpables brumes,

et si je me suis senti parfois rouler  comme un galet,

  j'ai  toujours su voir le beau alors que tout était laid.

 

De ces  quelques pauvres miettes perdues en chemin

je ne me sens plus assez oiseau pour me faire un festin.

 

Dans le grenier de la vie

Il ne me reste pas grand-chose.....

 

N'ai-je donc  posé mes pas  que sur l'estran de celle-ci ?

 

Michel Astégiano

 

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J'AI PEUR

 

 J'ai peur

 

 

J'ai peur d'être devenu sage,

peur d'avoir perdu l'enfant sauvage

qu'il t'a fallu apprivoiser.

 

j'étais silex à l'arête acérée,

tu t'y étais parfois coupée,

mais je savais le feu

pour te réchauffer.

 

C'est une autre folie qui me guette,

celle de ne plus te surprendre.

 Alors que viennent les grands froids,

que ma pierre gèle à pierre fendre

et que je retrouve quelque éclat.

 

 Car à tant cimenter l'amour

 c'est prison que l'on bâtit,

la vie nous roule et nous polit

nous moule jour après jour.

On connait le chemin des mots,

ceux qui sont dits

ceux qui sont tus.

 

On sait vers quoi tendre

mais même quand la vie nous sourit

il reste ce besoin d'un peu plus.

Alors à tant vouloir on sait,

 que dans ce temps qui s'enfuit,

tout reste encore  à inventer.

 

 

 

 

 

Michel Astégiano

 

J'AI REVE DE TOI

 

J'ai rêvé de toi

 

J'avais....

J'avais  des vignes rousses et  des feuilles mortes.

J'avais des prairies qui crissent sous la botte.

 J'avais sous une main de lierre,

une chapelle aux quatre vents

 et sa source y chuchotant la prière.

J'avais des pommes qu'on attrape en sautant,

 une chanson douce sur les lèvres,

on y parlait de pluie et d'amants.

J'avais des mains s'échappant de mes poches

pour cueillir des raisins tout proche.

 J'avais des marrons noirs que me rendait le feu,

Je m'y brulais les doigts quelque peu.

J'avais une averse cinglant les carreaux,

 j'avais même un arc- en- ciel et qu'il était beau.

Des enfants m'ont souri, un chien s'est glissé sous ma main,

 j'ai dérivé  le long d'un ruisseau qui courait vers demain.

Au cœur de cette nuit, j'ai vu venir de gros nuages.

J'ai caressé de grands chevaux craignant l'orage,

 leur ai porté du foin, en ai gouté l'odeur avec eux.

J'avais de la terre aux pieds, de la paille en mes cheveux,

 l'entrée d'une maison où frapper mes talons boueux.

Sur des fenêtres étroites, j'avais de la buée en halo.

J'avais un enfant récitant ses leçons,

 un sourire, et quelques tendres mots,

il y faisait chaud et ça sentait bon.

J'avais  tout et je n'avais rien.

Mon herbe folle, mon petit pays silencieux,

 je te sais toujours aussi belle,

mon tendre amour, ma mirabelle,

j'en étais sans idole et tout frileux.

J'avais presque tout pour être heureux.

 

J'avais tout et je n'avais rien.

Rien du tout.

 Tu étais sous d'autres cieux.

 

Michel Astégiano

 

JE NE SAURAIS PAS

 

JE NE SAURAI PAS

Je ne saurai pas t'aimer.

Je n'aurai pas les mots pour te consoler.

Quand tu me parleras  je ne saurai  t'entendre,

Je n'aurai pas les gestes,

On ne m'a rien appris, rien dit,

 depuis cette enfance de cendre.

Je suis un chiffonnier du cœur.

Hier et aujourd'hui tel est mon labeur :

étrange métier que  de glaner  le non- dit.

Je ne saurai pas t'aimer.

Je ne connais que des fêtes intérieures.

Je ne sais pas rire, pas dire,

ne sais pas quand survient l'heure.

Je ne sais même pas mentir :

grand handicapé du cœur .

Je ne saurai pas t'aimer.

Verrai-je autre chose qu'une obole,

si tu t'aventurais sur le fil de ma vie,

et même, si pour ce vœu je prie,

pour m'aimer : seras-tu assez folle ?

Michel ASTEGIANO

 

La NAPPE BLANCHE

 

LA NAPPE BLANCHE

 

 

Sur la nappe blanche du papier,

J'ai mis des petits mots.

 

Ils disaient tes doigts

 entrelacés aux miens,

 racontaient des bougies

 que d'un sourire  tu allumais.

 

Tu étais arrivé en retard,

 mais l'attente avait été douce.

 Enfin là, ma tendre source, 

 je venais boire à tes lèvres,

et  entre  silence et parole,

 te  mangeais aussi du regard.

 

L'idée surgit, vous frôle,

étrange magie que ces mots

qui te conviaient à ma table.

 

Mais pourtant je sais,

sans l'avoir vraiment appris,

qu'avec ces mots dansant sur le papier,

je n'en serai pas quitte avec ma faim.

 

 

Michel ASTEGIANO

 

LA RECETTE DU PETIT BONHEUR

 

La recette du petit bonheur

 

 

               Pour une personne :

 

Dans un premier temps

hachez menu tout ce qui pourrait vous évoquer la tristesse,

émincez regrets et soucis.

Chauffez à feu vif, pour que ça rende toute l'eau :

Il ne doit pas rester l'ombre d'une larme.

Ensuite,

dans votre cœur faites revenir  des souvenirs,

des petits,

 genre odeur de terre après la pluie,

fraicheur d'église en été,

bruit du va et vient des vagues,

danse des flammes dans la cheminée,

bruissement de feuilles sous les pieds

douceur de peau sous les lèvres,

fête de chien au rentrer.

 

Faites selon votre goût.

dans les placards de votre vie,

Je suis sûr que vous trouverez.

 

Ajoutez y :

 quelques brins d'herbe un peu folle,

une poignée de rires d'enfant,

une pincée de poudre de soleil.

Saupoudrez le tout d'amour

 et faites mijoter longtemps.

Alors,

fermez les yeux

et laissez vous bercer longtemps.

Michel ASTEGIANO

 

ABIMES ET CIMES

 

Abîmes et cimes

 

Alors vinrent, telle une horde de mendiants,

 ces géants taillés à la serpe du gel et du vent.

 Drapés de leurs grands haillons de pierres,

 tachés de blanc,

Ils marchent vers le ciel à pas lents.

 

Opéras immobiles et muets,

 symphonies dressées dans le temps,

 figés,    impassibles  et pourtant...

Ils sont là,    ruisselants

 en des cieux déchirés,

 de lacs en torrents

 

Alors l'homme vint. L'homme vain,

 pour une fois arrêté

 et qui s'élève, d'avoir touché  enfin

 que la vraie grandeur qui est en soi

 est dans le dérisoire qui le broie.

 

Il est là,  humble et solennel

 et caresse infiniment, elle

cette perle enfant qui frémit

 émue et tremblante

 sur son collier de vie,

 au fil rouge sang.

 

 

Alors il, dense, danse

grandit du dedans

sous ce frémissement d'elles

 renaît puis ruisselle

et pour un instant seulement

se sent libre et transparent.