Variations sur j’aime et je n’aime pas

Variations sur j’aime et je n’aime pas

 

Je n’aime pas, les : y qu’à et les : on dit. Je n’aime pas que l’on me dise : je sais bien ce que tu penses. Je n’aime pas toucher du bois mouillé et le son du cor au fond des bois. Je n’aime pas quand c’est Karajan qui dirige. Je n’aime pas les goélands, mais je les envie quand ils planent dans le ciel. J’aime le Dies irae du requiem de Berlioz et l’odeur un peu rance de la peau des bébés. J’aime quand elle rit et les cheveux fins de sa nuque. J’aime les voix qui chantent en russe, je n’aime pas l’été. Je n’aime pas les peignes. Lorsque j’écoute Kathleen Ferrier, j’aime avoir un peu avoir mal de savoir qu’elle morte et comment elle est morte. J’aime me caresser d’un doigt, le petit creux, qu’on a au-dessus de la lèvre supérieure. Je n’aime pas dormir, je n’aime pas l’orthographe et il me le rend bien. J’ai horreur d’être pris en photo, mais par contre j’aimerais bien photographier les gens, mais je n’ose pas. J’ai un peu oublié, mais je crois que j’aimais bien, quand mon regard croisait celui d’une fille. Je ne m’aime pas quand je coupe la parole aux autres, mais c’est plus fort que moi. Je n’aime pas cette époque de merde où mettre la main sur la tête d’un enfant vous fait passer pour un pédophile. Je n’aime pas Dieu, mais bien les églises. J’aurais bien aimé savoir jouer du hautbois. Je trouve que le chou romanesco est le plus beau des légumes. J’aime dire je vous aime, j’envoie des lettres à des presque inconnus pour leur dire : ils deviennent des petites bougies allumées dans mon ciel affectif. J’ai plaisir à caresser les poils, les plumes et les peaux.

Ma voiture a des feux arrières tout en rondeur, j’aime y mettre la main et je sais pourquoi. Je trouve que les œillets c’est naze comme fleur, mais là, je ne sais pas pourquoi. J’aime le passé simple, même si je le trouve compliqué. Il y a des caissières de supermarché que j’aime bien, et d’autres pas, et cela n’a rien à voir avec leur beauté. Je n’aime pas la boite de médicaments vous transformant en looser, en s’ouvrant systématiquement du coté de la notice.

Quand je marche dans la rue, j’aime m’interroger sur la vie des gens que je croise, d’ailleurs, je pense que les questions sont plus importantes que les réponses.

J’aime bien les mots sécotine, s’amouracher, peccadille, j’affectionne aussi, emberlificoté ainsi que crépinette, et je profite de l’occasion pour les caser.

Je n’aime pas le lait, mais ça me plairait bien, un jour, de traire une vache.

Je n’aime pas que mes nièces aient grandi et ne soient plus des petites filles.

J’aime savoir, le comment des choses, et ça m’embêterait de mourir avant de connaitre, comment on fabrique la bille d’un stylo éponyme.

J’aime rouler : les cigarettes... et la nuit en voiture. J’aime les mots, et jouer avec. J’aime le curseur du traitement de texte qui clignote et qui me dit j’attends.

Je n’aime pas, cette dernière phrase, que je ne trouve pas et qui m’aurait permis de conclure ce petit texte.

 

Michel Astégiano