VERONIQUE

VERONIQUE

 

Alangui, Charles le Bailly, taillandier à Albi, bâilla. C’était l’aïoli et les anguilles du midi, qui se rappelaient à lui. Il n’avait comme alibi, pour ce débile hoquet qui le prenait, que ce repas entre amis : un malouin flanqué de son malinois, un albanais vivant au Liban où il enseignait le balinais et enfin sa tendre Véro qui partageait, outre ses repas, souvent son lit à baldaquin. Elle était son béguin, la coquine qu’il lutinait souvent. Cela le turlupinait, car à être si mutine peut-être le trompait-elle ? Me trompé-je, m’est-elle fidèle ? Telle était la question. De ses doutes, il ne savait le pourquoi et en restait coi. Cela le prenait surtout après le coït et le mettait en déroute et aux abois, passant ainsi de l’alléluia à l’hallali, dés la fin de leurs ébats, sitôt sorti de ses bras.

Ses débats intérieurs devinrent une habitude qui le plongeait dans l’hébétude et sans transition s’en ressentait transi, floué, affublé d’un destin grêle qui lui nouait les tripes quand ça le prenait. Cette voix de mauvais aloi trompétait sans cesse : me trompe-t-elle ? Cela le mettait à hue et à dia, il en titubait, en balbutiait, en était fort dépité et désappointé. Ce doute avait point à la saison des foins, il en avait d’abord fait fi, essayé quelques élixirs, mais hallucinait et voyait des bêtes aux veines bleues, il se dit alors que l’alcool était vain.

Amateur de musique et d’opéra, il avait d’ailleurs tourné le dos à Rossini pour Verdi qui divertit plus, mais le charme n’opéra pas. Essaya la musique américaine, en sortit fort contrit, Carole Laure et Hardy furent sans effets, Leforestier et Marie Laforêt ne calmèrent pas sa plainte.

Gare à ce doute qui m’étreint, qui m’éreinte, je déraille se disait l’amant en se lamentant car tant l’âme se plaint que le corps trinque.

Voulant faire foin de tout cela, il essaya un régime sans selle, crut devoir monter sur de grands chevaux à cru, avec un palefrenier renfrogné. Il se retrouva perclus, mais le doute trottait toujours dans sa tête.

Ses pensées s’effilochaient fissa, envisagea la filouterie d’une filature, mais jamais ne fit ça, trouvant ça fort farfelu, ne se sentant pas assez chafouin et estimait  que cela faisait freluquet. Mais la pensée d’être floué, même par un foutriquet le hantait et il ne savait comment panser cette plaie,et il se répétait son nom, Véronique…. Véronique…. l’itérait Véronique… Véronique…. la susnommée l’irritait et plutôt que de céder à la panique, il décida que pour la prochaine, il prêterait attention au prénom : on ne l’y reprendrait point.

 

 

Michel ASTEGIANO