ON NE SAURA JAMAIS

ON NE SAURA JAMAIS

 

 

Nous sommes tous, quelque part, à un endroit situé entre la naissance et la mort. Chaque minute, chaque rencontre, nous forge et l'alchimie de la vie façonne chacun de nous différemment, nous préservant ainsi de vivre au milieu de miroirs, dans un monde où les autres sont toujours à découvrir, sans jamais venir à bout de leur part de mystère.

 Ce qui nous permet de dire que la vie est une magnifique aventure et que je viens d’écrire ma première phrase à la Proust.

Tous ces destins affairés qui s’égrainent, à l’arrêt d’autobus ou que déversent les galeries marchandes  pour se disperser, chacun allant sa vie vers d’obscures nécessités m’interrogent.

On a beau spéculer, chercher en l’enfant l’adulte en devenir en camouflant un rire, en ajoutant quelques rides et des kilos, tenter de remonter le temps de la personne âgée, se l’imaginer jeune, attifée d’adolescence, toute agitée d’un futur qu’elle imaginait effervescent. On ne saura jamais.

 

On ne saura jamais, la porte de la maison ou de l’appartement, s’il y aura quelqu’un pour accueillir, si les murs du logis seront tapissés de bienveillance ou d’amertume et l’on se surprend du désir d’imaginer, que dans des galetas infâmes certains vivent comme des princes, à deux, enrubannés d’amour.

 

Il y a aussi les échoués, dos au mur, cul sur le trottoir, naufragés d’une infernale croisière n’ayant qu’un chien et la boisson pour porter le deuil de leur vie, et les vomissures d’un transistor, pour oublier qu’ils n’ont plus personne pour les écouter.

 

D’autres, et ce peut être les mêmes, les êtres et avoir été, à d’autres moments de leur vie, les âmes en souffrance, la solitude absolue de la maladie que rien ne peut consoler.

 

On ne se saura jamais, mais il ne faut pas penser que cela nous préserve du banal.

Même dans les vies les plus étriquées, chez le fou,l'imbécile ordinaire ou le distillateur de haine il y a des fermentations, des gestes qui ont manqué et des naissances au mauvais endroit.

 

 

Ils sont partout à ne plus savoir où porter mes interrogations, la première étant pourquoi l’indifférence ne m’est pas accessible ?

Et est-ce seulement souhaitable puisque j’ai le sentiment profond de m’y nourrir avec des appétits de vampire.

Je suis un assoiffé, fruit d’une disette originelle et je me demande : mais c’est une réponse, si les questions ne sont pas plus vitales que les réponses.