NAISSANCE

NAISSANCE

 

L a clinique était petite, deux étages et quelques chambres.

A taille humaine aurait- on  pu dire s’il n’y avait eu ce sentiment d’être là à ne servir à rien.

Je lui tenais la main, et parfois lui passais le gant qu’elle réclamait pour s’éponger le front. Les heures n’étaient ponctuées que par la brève apparition d’une tête s’affichant dans l’embrasure de la porte, celle-ci lançant un ça va ? et disparaissant sans attendre de réponse.

La lenteur de ce temps de l’attente fut soudain bousculée par une bourrasque de blouses blanches. On me mit dans les mains une tenue à revêtir pour entrer en salle de travail, mais le lit roulait déjà dans le couloir. Allongée, elle m’appelait du regard, tandis que dans ma hâte, je m’empêtrais dans cette foutue combinaison. En une ultime contorsion, je réussis juste à entrevoir la porte par laquelle on me l’escamotait. Eludant la question con de savoir si je devais frapper ou pas, je la rejoignais dans ce monde où je n’existais pas, ou alors si peu. J’essayais alors, de reprendre quelque apparence en m’attelant à mon rôle de serre-main. L’instant était intense mais je ployais sous le dérisoire de mon utilité. L’enfant fut là, parmi eux, lavé, langé avec célérité. Retour vers la chambre, elle était fatiguée.

Il a fallu la douceur de la nuit, mes bras en berceau et mon souffle guettant ton souffle, pour que tu me fasses découvrir la douceur d’être père, mon fils.