LES LARMES

 

LES LARMES

 

Les larmes c’est le sang des mots que l’on n’a pas pu poser sur sa douleur.

 

Pour apaiser cette douleur qui te corrodait depuis l’enfance, tu avais fait le voyage jusqu’à la lointaine Pologne. D’un pas lourd, tu avais gravi lentement l’escalier et frappé à la porte de la vieille dame. Celle-ci t’avait fait entrer et asseoir sur le petit canapé où elle t’avait rejoint. Vous étiez assis côte à côte, légèrement tournés l’un vers l’autre.

La jeune fille  de vingt ans, qu’elle avait été, disait le crissement des pneus, les claquements de portières et les coups de poings sur la porte : Ce père qu’on lui arrachait avait juste eu le temps de jeter un dernier regard vers la fenêtre où elle se tenait.

 La jeune fille te racontait, mais les vieilles mains ridées s’étaient posées sur les tiennes, car tu pleurais en silence.

Ensuite, elle t’emmena dans la forêt, là où une plaque tisonne le souvenir du charnier qui vit mourir son père. Elle se tourna lentement vers toi, et  te prit dans ses bras. Ton visage s’inonda encore. Elle...

Elle cherchait maladroitement les mots, pour t’aider à t’absoudre de ce père officier SS.

 

Les larmes c’est le sang des mots que l’on n’a pas pu poser sur sa douleur.