Zoé Valdes

Je sens que tu grandiras à l’orée des chemins de terre, en dansant au rythme des grillons et des champs de canne à sucre, en répétant des mélodies, des baisers et des lectures. Tu tomberas amoureuse de l’ombre des mots. Et tu aimeras par-dessus tout leur lumière . Le mot, mon amour, est celui

qui illumine ou redonne vie, il est la densité voluptueuse de l’esprit, celui qui déchiffre et définit, avant de te faire sombrer dans une énigme plus vaste encore. Le mot est liberté.

Tes jambes fileront à la vitesse de l’arpège vers cette jeunesse où tes hanches s’épanouiront, promesses de coquelicots sauvages.

Peut-être par un chaud après-midi deviendras-tu mère à ton tour. Tu te rappelleras cette lettre. Je serai là, à t’observer dans la transparence de la mémoire, j’écarterai les voiles en silence en murmurant les jeux du passé et en te voyant à tout jamais comme cette petite fille que je serre contre ma panique, je poserai mes lèvres sur ta bravoure.

Depuis que tu existes, penser à l’avenir me fait trembler d’effroi et d’émerveillement, je sens mes forces décupler, je mets ma main au feu, confiante en ta bonté, en ta certitude. A la pensée que toi aussi tu auras des enfants, mon corps s’étire, immense, à l’infini. Et je pense à ton âge mûr, ma fille, je te vois alors et je ne suis plus à tes cotés.

 

Zoé Valdés