LA PIETE

La piété

 

Basilique de Saint-Maximin, champs de ruines verticales du 15e siècle.

A peine franchie la porte de bois lourd, on se retrouve saisi par ses fraîcheurs de tombeau.

En voute, des plaques d’acier orthopédiques tentent de parer au plus pressé, à savoir un effondrement, qui sans elles serait imminent. Certaines chapelles latérales ont voilé leur décrépitude, accablant ainsi un peu plus, celles en sursis. Leurs boiseries sous le poids des siècles semblent minéralisées et de noires moisissures maculent les pierres.

Attentif, malgré ma mécréance, je cherchais quelques dorures ou peintures comme un naufrager cherche une île. Mais le lieu sentait trop la désespérance et je me dirigeais vers la tache de soleil  qui butait sur les dalles de l’entrée.

 Dans une nef latérale, un escalier double descendait vers la crypte. A mis- course, sur un palier à la conjonction des 2 volées de marches, fermée par une vitre, il y avait une cavité abritant une statue de Marie Madeleine. Aux tréfonds de la crypte, sous une lumière chiche, dormaient des sarcophages, je m’y enfonçais.

 Alors que je  tournais les pas et remontais comme un apnéiste, je te vis. Tu avais quoi ? vingt, vingt-cinq ans, étrangement je te trouvais un peu espagnole. Tu étais assise, immobile sur une marche, ton front touchant la vitre qui protégeait Marie-Madeleine et dans ta main gauche tu tenais serrée une de ces petites bougies photophore. Tu semblais tellement loin,  perdue dans tes pensées, bien plus loin que là où mon imagination pouvait aller.

Je me suis trouvé vide de mot, électroencéphalogramme plat, dépouillé d’idées, avec juste une cristallisation mentale de gestes : poser ma main sur ton épaule et t’embrasser sur le front.

Il ne m’en reste que l’intime conviction que c’est ce qu’il fallait faire et ce gros point d’interrogation : qu’est ce qui m’a retenu ?

 

 

Photo de  Sophie Van Hullebusch-Coulombel 

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