LA DOULEUR

LA DOULEUR

 

C’était lors d’un printemps de calendrier, les soubresauts de l’hiver rendant encore le ciel incertain. Crématorium de Cuers. La cérémonie venait de s’achever. Nous étions là en groupe un peu épars, silencieux, un peu sonnés, sur une terrasse aux allures de préaux.

D’un bâtiment attenant, une femme sortit, la quarantaine, vêtue d’une veste longue. Elle fendit, les yeux baissés, d’un pas rapide notre groupe. Je la suivais machinalement du regard, la regardant s’éloigner sur la rampe d’accès destinée aux handicapés. Elle s’arrêtât soudain, et se mit à vaciller : sa main gauche cherchant le secours de la balustrade en fer forgé.

Le poing serré de sa main droite étreignait  un sac de tissus sombre qui révélait les formes d’une urne.

En litanie folle, les mots : vaciller de douleur, m’envahirent le cœur et l’esprit. Mais il y a avait ma peine et celle de mes proches, le sentiment intense que je me devais d’accepter cette déchirure en plus, en la laissant ainsi à cette ultime détresse...

Cette étrangère s’invite souvent dans mes pensées, la veste longue n’y a même pas de couleur, pas plus que ses cheveux d’ailleurs, juste des pas qui s’arrêtent et son désespoir absolu.

J’ai convoqué quelques mots dans la solitude du papier, sans vraiment croire que ceux-ci pourront apaiser ce : j’aurais dû, qui depuis m’obsède.

Je ne sais ni ton nom, ni le poids des cendres qui te faisait tituber, mais je sens que je n’ai pas fini de te voir ainsi traverser ma vie. Je ne pourrai pas m’en absoudre : pardonne-moi.