KLAUS NOMI

KLAUS NOMI

 

 

Un jour d’orage de l’année 1983, une femme inconnue, vêtue d’une cape noire, s’est jetée sur ton cercueil.

Ce jour là s’achevaient les dernières notes de The Cold Song, musique d’Henri Purcell, chant que tu avais si bien su adresser aux Dieux.

Cette chanson froide, de par ton art, tu as su la porter jusqu’à l’incandescence et l’on aimerait croire que sous cette pierre, qui désormais te recouvre, qu’avec toi, c’est une braise que l’on a porté en terre.

Tu avais géométrisé ton corps pour mieux scalpéliser nos âmes et de ta voix éphémère tu nous as une dernière fois, fait effleurer l’éternité.

The cold song, chanson de l’ascèse et du dépouillement, ton cou ceint d’une fraise surannée, avec ton habit rouge, fragile et appliqué, tu avances à pas comptés.la maladie te ronge et sans doute tu songes, aux jours qui eux aussi te sont comptés.

Tes bras s’écartent, ta voix s’élève et nous élève jusqu’à l’indicible. Accrochés à ton souffle nous gravissons marche après marche l’escalier de l’inaccessible.

Entre robot et marionnette, tu te dissimules derrière ta silhouette, personne n’est dupe car l’on sait ton art consommé de tirer les ficelles : nous t’abandonnons avec gratitude nos tristes corps consentants.

Cold Song, long crescendo, troublante prouesse où l’acmé éclate sur les notes les plus basses. Machine implacable à brasser les âmes. On en sort nu, habillé seulement du dépouillement de la beauté.

Tu as su, de par ton chant, nous transformer en clochards célestes.

Sois-en remercié.

 

Michel Astégiano