JE SERAI

 

JE SERAI

 

Je serai...Une goutte de pluie, je me suiciderai d’un nuage et m’écraserai sur un de tes carreaux.

Je serai...Une entité, un truc indéfinissable, et je descendrai avec un bruit de soie le long d’un de tes murs : je serai mauve et tu ne me verras pas.

Je serai un globule rouge de ton sang, inlassable et fébrile, je parcourrai comme un fou chaque veine de ton corps, comme si ta vie dépendait de moi.

Je serai...Un de tes cheveux dormant chaque nuit dans ton cou.

Je serai...Un plan de coton. Des mains noires me cueilleraient, toute une filature s’emparerait de moi. Je deviendrai un drap de couleur : la nuit je viendrai m’imprégner de la senteur de ta peau.

Je serai...Une oie du Périgord, chaque jour une fermière me coincerait entre ses jambes pour me gaver. Ce serait terrible pour moi, mais je me consolerai à la pensée que mon duvet te fasse un jour un doux oreiller.

Je serai...Un moustique, franchement voyou et je risquerai ma vie pour une goutte de ton sang.

Je serai...Une larme de nuage, je roulerai de ravine en rivière, j’affronterai des kilomètres de noirs tuyaux. Je te surprendrai sous la douche et je serai la plus lente goutte à ruisseler sur ton corps. Je partirai en bougonnant de part les égouts mais fomentant déjà de multiples récidives.

Je serai...Un grain de silice perdu en montagne et j’aurai de la suite dans les idées. J’attendrai dix millions d’années, deux ou trois glaciations, un choc des continents, la venue des hommes, un échouage en bord de mer et l’invention du verre, pour être celui où tu poseras tes lèvres.

Je serai un peu fou et je te dirai vraiment n’importe quoi,

pour te dire autrement que je t’aime.