DEPART

 

DEPART

 

 

Ce train qui s'en roule, ton regard qui me cherche en vain, moi, assis, adossé à ce présent qui m'aspire.

Du fauteuil roulant de ma vie, voilà que déjà les instants défilent et la peur à grandes gorgées me boit. Je ferme les yeux pour t'imaginer encore, et ces champs labourés qui bordent la voie, c'est moi qui m'agrippe en vain à cette terre. Ta terre, celle de tes pas qui s'éloignent, tes pas qui déjà déraisonnent en ne plus...Et j'en meurs un peu plus à chaque fois et je t'aime un peu plus à chaque effroi.

Parler de tes joies et de tes peines, de ta main posée sur la mienne, de ce petit bout de cœur que j'ai laissé sur ta joue, de ces amours fous, tessonnés de peur.

Me revoilà à me débattre à mains nues, tentant d'une pincée de stylo de pétrir ce mal en mots. Des mots encrés en moi, de l'écriture rouge échappée de ce bain de sans où je me noie déjà. Les doigts noués sur la plaie pour retenir les mots qui font mal : l'amour et la mort, des fêtes et défaites, pour retenir cette envie que j'ai de me clouer en ton présent. L'ombre de ta main, l'ombre de ton chien, disait-il, n'être plus qu'une ombre où tu pourrais poser tes pas.

Ne voilà-t-il pas déjà que je pleure à tes larmes et souris de tes joies. Ne voilà-t-il pas ...Toute cette vie que la vie me vole déjà. Penser à demain, pour ne pas trop désespérer, à mes lèvres qui cheminent lentement vers ton sourire, pour un baiser encore plus pur, déposé comme un rêve sur l'insuffisance des mots.

Rêver à ce jour où peut-être je cueillerai une pleine brassée de toi, ce jour où j'irai enfin caresser l'animal familier de ma tendresse, niché depuis longtemps

Au creux de ton épaule.



                                                                               Michel ASTEGIANO